Interdiction des réseaux sociaux : soyons intelligents

Date de publication : 27-01-2026

Auteur : Xavier Lanne

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Dans la nuit du 26 au 27 janvier, l'Assemblée nationale a voté une loi pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

Immédiatement, les réseaux sociaux et une bonne partie de la classe politique ont réagi. Une avalanche de messages enflammés dénonce l'identification des internautes sur les réseaux sociaux. La loi ne serait qu'une excuse pour fliquer les utilisateurs.

Prenons un peu de recul…

Le problème des réseaux sociaux

Comme l'indique clairement le projet, la loi a vu le jour suite à la « commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, […] intitulée : “Quand le divertissement vire au cauchemar : sortir nos enfants du piège algorithmique de TikTok” ».

Ce rapport n'apporte rien qui n'était déjà connu par ceux qui s'intéressent au fonctionnement des réseaux sociaux : ces plateformes captent l'attention pour maximiser le temps d'écran (et de consommation de pub).

En résultent des conséquences graves (citées dans le projet de loi) :

La commission évoque également la promotion des suicides sur les réseaux sociaux sans donner de chiffres… Pourtant, il y a 6 ans déjà, dans le documentaire Derrière nos écrans de fumée, les chiffres étaient terrifiants : +151 % de suicides chez les jeunes filles de 10 à 14 ans entre 1999 et 2017 !

Le risque est non seulement réel, il est dramatiquement urgent. Personne ne le niera. Dire que c'est une excuse pour fliquer les utilisateurs est en ce sens trop léger, c'est le moins qu'on puisse dire.

Le projet de loi

La loi est construite autour de 7 articles.

Le premier est l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et la suspension des comptes déjà existants de mineurs de moins de 15 ans.

Cet aspect est indiscutable. On ne peut que regretter que cela n'ait pas été adopté il y a 10 ans. Notre retard est considérable par rapport à d'autres pays.

L'article continue :

Cet article prévoit donc aussi par cohérence l'obligation pour les plateformes de mettre en œuvre des dispositifs afin de contrôler l'âge de leurs utilisateurs conformes à un référentiel fixé par l'Arcom. Cet article reprend ainsi en partie l'article 4 de la loi n° 566 du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne, dite « Loi Marcangeli », qui prévoyait un dispositif proche, lequel n'avait jamais pu être appliqué du fait de sa non‑conformité avec la règlementation européenne.

Il faut, sur ce point, admettre qu'il y a une certaine convenance à mettre en place un moyen technique global pour appliquer la loi rapidement.

D'un autre côté, on peut tout à fait entendre les réticences individuelles qui y voient une façon de contrôler la liberté d'expression sur les réseaux sociaux.

L'article 2 [vise à lutter] contre la diffusion des contenus constituant de la propagande ou de la publicité en faveur de l'euthanasie moyens de se donner la mort.

L'article 3 et 4 visent à informer et former la population aux risques des réseaux sociaux pour les jeunes générations.

L'article 5 consiste à fournir un rapport sur l'application de la présente loi dans 3 ans.

L'article 6 vise à étendre aux lycées l'interdiction de l'utilisation des téléphones portables.

L'article 7 a pour objectif d'inscrire dans le code pénal un délit de négligence numérique. Il s'agit ainsi de laisser la possibilité au juge de sanctionner des parents qui exposeraient de façon manifestement abusive et non contrôlée leurs enfants, et notamment les plus jeunes, aux écrans.

Cet article n'entrerait en vigueur que 3 ans après la promulgation de la loi, le temps que les parents soient formés sur ce sujet.

Ce dernier article est en revanche le plus dangereux si le gouvernement l'applique à l'aide d'outils automatisés, notamment s'il doit s'introduire dans la vie des familles pour s'assurer que les parents l'appliquent. Ici, ce n'est pas tant l'article qui est problématique que le principe d'automatisation des peines, nécessitant une forme de surveillance de masse. (Je ferai un article sur ce sujet, un jour.)

En revanche, si l'article est appliqué par des humains, de façon non automatique, c'est tout à fait convenable.

En ce sens, cet article devrait absolument être précisé pour éviter toute dérive future. Ou plutôt, il faudrait une nouvelle loi qui interdise définitivement, de façon générale, l'automatisation des peines, ici comme pour toute autre loi.

Concilier la liberté et la protection des enfants ?

Le débat, comme trop souvent, se polarise en deux points de vue opposés : défendre les enfants ou être libre.

L'avenir d'un peuple se trouve dans sa jeunesse. Il est hors de question de la sacrifier.

D'un autre côté, la liberté n'a pas de prix, et mérite également qu'on meurt pour elle.

Aucune issue juste ne semble donc possible… Et pourtant, elle est sous nos yeux !

Prenons donc le temps de poser toutes les configurations possibles :

  1. La loi ne passe pas :
    • Les mineurs ne sont pas protégés, notre déclin sera inéluctable ;
    • Les utilisateurs des réseaux sociaux n'auront pas à prouver leur âge.
  2. La loi est appliquée :
    • Les mineurs sont protégés ;
    • Les utilisateurs qui veulent continuer à utiliser les réseaux sociaux le font au prix d'une vérification de leur identité ;
    • Les utilisateurs soucieux de la vie privée et de la liberté… quittent les réseaux sociaux.

Peut-être voyez-vous où je veux en venir. Ce n'est pas comme si nous le disions depuis plusieurs années…

➡️ Les réseaux sociaux détruisent la vie privée et la liberté !

Si vous faites partie de ces personnes qui dénoncent l'atteinte à la vie privée et à la liberté d'expression, alors : que faites-vous sur les réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux, ce sont :

  1. Des algorithmes qui captent l'attention et détournent notre jugement et notre liberté de pensée ;
  2. Des algorithmes qui privilégient les réactions courtes et brutales (like, émoji, gif) plutôt que le dialogue ;
  3. Des plateformes ayant des objectifs politiques, terrain de guerre cognitive ;
  4. Des algorithmes qui cloisonnent l'information de manière sournoise, détruisant la liberté d'être écouté ;
  5. Enfin, ce sont des plateformes qui violent la vie privée et l'intimité des individus bien plus que toute méthode pour vérifier l'âge.

En une phrase : les réseaux sociaux sont la technologie la plus sournoisement liberticide que l'homme ait créée. Elles sont l'illusion de la liberté. Il faut vraiment n'avoir rien compris des réseaux sociaux et des technologies pour les défendre au nom de la vie privée et de la liberté.

Sommes-nous si égoïstes au point de ne pouvoir sacrifier notre confort de distraction et de récompense sociale pour protéger nos enfants ? N'est-on pas prêts à sacrifier cela pour protéger notre liberté humaine la plus profonde, qui s'ancre dans le silence de l'intimité ?

Ne comprenons-nous donc pas qu'il est impossible d'avoir à la fois la distraction et la protection de nos enfants ? La vie privée et la visibilité des réseaux sociaux ? Les algorithmes de recommandation et la véritable liberté d'expression ?

Le problème n'a pas de solution, parce que le problème est beaucoup plus profond. Il est philosophique, structurel.

S'opposer à cette loi au motif de la liberté ou de la vie privée, c'est :

  1. Négliger la santé et le bien être de nos enfants ;
  2. Défendre « la tromperie et la sournoiserie [qui] sont au cœur même des moyens de communication en ligne » (Jaron Lanier)

En aucun cas, cela ne défend la véritable liberté humaine telle qu'enseignée par l'Église catholique.

Cette loi est l'occasion de comprendre et de choisir la seule véritable issue qui vaille : quitter les réseaux sociaux etréapprendre à s'informer et à informerpar des moyens qui respectent la dignité de l'homme.

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